La Perse et le mystère Castaigne

VC_carteNous sommes en Perse (actuellement l’Iran) dans la ville de Meshed (ou Mashhad). Depuis 1868, la Perse émet des timbres et ses oblitérations commencèrent même dès le début du 19ème  siècle.

(Cliquer sur les documents pour les agrandir)

L’histoire que je vais vous conter se passe en 1902, et comme dans beaucoup d’endroits à cette époque, lorsque les timbres venaient à manquer et devant les difficultés d’approvisionnement, les autorités permettaient la fabrication de timbres mais à titre provisoire. Même si la carte ci-dessous est postérieure à 1902, on imagine sans mal ces difficultés du transport postal.

Un petit camion remplit au delà de ses limites transporte sur des routes dangereuses un chargement de plis et colis. Sur l'avant une inscription en arabe démontrant son appartenance aux postes de Perse.

Un petit camion remplit au delà de ses limites transporte sur
des routes dangereuses un chargement de plis et colis. Sur l’avant
une inscription en arabe démontrant son appartenance aux postes de Perse.

Monsieur Victor Castaigne dirige la poste de cette ville importante de Meshed et le territoire dont il a la responsabilité se trouve en pénurie de timbre. Comme le lui autorise la Poste sous certaines conditions, il fabrique alors ses propres timbres. Étant un très bon dessinateur, peut-être même un peu fier de son savoir, il réalise une matrice sur laquelle il inscrit au centre du timbre  les initiales de son nom VC.

D’ailleurs la série de ses sept timbres s’appellent « Les VC de Perse ». Ils possèdent cette particularité en Perse : ils portent tous la signature de Victor Castaigne colorisée à l’encre rouge  (pour info : en langue arabe perse Castaigne s’écrit Kastyn).

VC_1ch

le 1 ch noir (existe aussi avec centre inversé)

VC_2chJPG

le 2 ch noir ou gris

       

Ce directeur de poste gère d’un bout à l’autre sa fabrication et toutes les mesures sont prises pour éviter la spéculation. En effet, le préposé aux postes collait lui-même le timbre sur l’enveloppe et l’acheteur avait interdiction de le manipuler. D’ailleurs, suivant cette logique, on ne devrait trouver que des timbres oblitérés de ce type sur le marché, or nous verrons plus loin qu’il n’en est rien.

Jusque là aucun problème, tout se passe selon la réglementation postale en vigueur, à ceci près que notre personnage se passa de l’aval du gouvernement en place et de la poste centrale de Téhéran. La vente des timbres VC débuta le 7 mars 1902 et ils circulèrent à Meshed et dans quelques villes aux alentours (surtout Quchan) pendant deux mois. On estime à 2 000 exemplaires maximum le nombre de timbre vendu.

VC_5ch

le 5 ch violet

le 12 ch bleu (existe aussi avec centre inversé)

le 12 ch bleu (existe aussi avec centre inversé)

A la suite de cette initiative, on peut supposer que Monsieur Victor Castaigne fut prié de renter chez lui au plus vite, car en effet il quitta la Perse le 28 novembre 1902.

On se sait comment, mais notre opportuniste emporta avec lui sa matrice et quelques autres ustensiles postaux en Belgique. De là, sur du papier et de l’encre légèrement différents, il reprit sa fabrication mais cette fois-ci en timbres neufs et il les écoula sur le marché philatélique. Il en réalisa aussi quelques-uns avec un faux cachet.

VC_lettre1S’il se montra pointilleux en Perse, il en fut différemment dans son propre pays où ses scrupules disparurent vite … pour son plus grand profit. Beaucoup pensent que son acte était prémédité, car à cette époque, les collectionneurs enrichissaient assez facilement les vendeurs de timbres, et je n’ai trouvé aucun récit condamnant Victor Castaigne.

Après cette histoire, une question demeure : les faux timbres de Fournier, les faux de Pons (émission de Bordeaux) etc… ne possèdent aucune valeur intrinsèque, alors pourquoi dans ce cas précis leur attribut-on plus de valeur qu’aux vrais timbres ?
Comment peut-on valoriser de faux timbres sur le marché philatélique ?

VC_lettre2Sources : Des histoires de timbres poste ; « The stamps of Iran » par Farahbakhsh ; « Stamps of Blood » de P. Chelkowski

 

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