La saga de la rentrée : les Oubliés de Saint Paul #4

PHILAPOSTEL Bretagne vous propose de vous conter en 4 épisodes cette tragique aventure qui, bien qu’ayant fortement marqué l’histoire des TAAF, reste souvent méconnue du grand public. C’est après avoir recueilli et regroupé divers documents et informations sur le sujet (voir les sources en fin d’article) que je suis en mesure de vous la présenter aujourd’hui.

Vous savez tout maintenant sur ces « Oubliés de Saint Paul ». L’histoire est-elle finie pour autant ? Un groupe de personnes, composé entre autres des descendants des survivants, souhaitent que la tragédie de ces oubliés … ne soit pas oubliée. Ils se sont regroupés en association, Faire Vivre le souvenir des Oubliés de Saint-Paul, et organisent depuis diverses manifestations pour honorer la mémoire de ces disparus.

Pour ne rien oublier

Il suffit parfois d’un acte administratif pour faire ressurgir l’histoire, qu’une tombe voit sa concession échoir pour que le passé revienne à la surface … Concarneau, 2011 : la mairie fait apposer sur deux des tombes du cimetière des affichettes « La concession est échue. Veuillez vous adresser à la mairie – Etat civil. ».

A priori Louise Le Meur n’a plus de descendance, son fils Louis surnommé « Lili » est décédé au Croisic en 1995, sa fille Maria est enterrée au cimetière de Paray-Vielle-Poste avec son fils et sa seconde fille Paule a été enterrée à Saint-Paul à l’âge de deux mois.

Par contre la famille de Julien le Huludut réagit immédiatement. Elle prend contact avec la mairie. Sa fille à Julien, Maryvonne vit en Drôme Provençale, sa nièce, Dominique seule est restée dans la région de Concarneau. Et voilà qu’à la Mairie, elles évoquent le passé « extraordinaire » de ces deux êtres, mais aussi le passé de 6 autres bretons et de 44 malgaches. Et soudain, elles prennent conscience qu’avec la fin de la concession des tombes concarnoises, un pan de l’histoire de la pêche va disparaître, que des gens « oubliés » vont être à nouveau oubliés. Pas un nom de rue n’évoque cet événement, pas une plaque, pas une stèle. Il existe dans les ports de France des stèles et des monuments pour les péris en mer, les Terre-neuvas sont honorés à Saint-Malo ou à Saint-Pierre. … Mais aucune trace dans aucune ville de France des « Oubliés de Saint-Paul ».

L’histoire pourtant en 1931 a fait la une des journaux. L’Ouest-Eclair, L’Humanité, L’Illustration et tant d’autres ont relaté le drame qui s’est déroulé dans les îles australes. La Justice s’est prononcée, des appels ont été interjetés, les coupables condamnés, les sanctions jamais exécutées. Et pourtant les instigateurs (Ndlr : les Frères Bossière) des activités ayant conduit à ces tristes événements sont encore considérés comme des explorateurs modèles, des entrepreneurs « qualifiés ». Des timbres perpétuent leur souvenir, le souvenir de leur usine à Kerguelen et celui de l’usine langoustière de Saint-Paul, mais rien sur les Oubliés.

Il est temps de parler de ceux qui ont subi les événements, le climat, la maladie, l’incurie des gestionnaires, la mort.

Voir aussi Pas de second oubli … – Ouest France

Timbre_UsineLangoustiere Timbre_FreresBossiere

Bientôt un timbre ?

La mobilisation se poursuit pour que les « Oubliés de l’île Saint Paul » ne tombent pas dans l’oubli une seconde fois. Un timbre pourrait être émis en 2015, en hommage aux trois survivants.

En 1930, six Concarnois et un Malgache avaient été abandonnés sur l’Île Saint-Paul, dans le sud de l’Océan indien. Trois y survivront. L’un deux, Julien Le Huludut, décédé en 1968, est aujourd’hui enterré au cimetière du centre-ville de Concarneau.

L’histoire ? Tragique et incroyable. En 1928, René Bossière, patron de la Langouste française, recrute des Concarnois pour pêcher la langouste. Une trentaine d’hommes et de femmes se portent volontaires dans la région. Après un long voyage à bord de l’Austral et une escale à Madagascar pour embarquer des Malgaches, ils débarquent sur l’île, rugueuse et ventée. Ils y construisent une conserverie. Après la saison de pêche sonne l’heure du retour. Sept d’entre eux acceptent alors de rester sur l’île pour entretenir les bâtiments. On leur promet un ravitaillement en produits frais dans les prochaines semaines. Ils attendront neuf mois. Entre-temps, quatre d’entre eux sont morts. Trois du scorbut dont un enfant, faute de fruits et légumes frais, et un par noyade.

À la mémoire des trois survivants

Les trois rescapés ? Louis Herlédan, Louise Brunou et Julien Le Huludut. La fille de ce dernier, Maryvonne Tateossian vit aujourd’hui à Valence. Sa petite-nièce, Dominique Virlouvet, à Rosporden. Elle remue aujourd’hui ciel et terre pour que Concarneau n’oublie pas les siens. Et le message passe. Quelque 530 personnes se sont déjà connectées via les réseaux sociaux pour soutenir le mouvement.

« Nous aurions voulu que la mairie prenne en charge la concession de Julien Le Huludut, échue depuis 1999, explique Dominique Virlouvet. Et valorise l’histoire des Oubliés à travers une plaque commémorative. Mais la mairie n’a pas donné suite, la tombe ne présentant pas d’intérêt architectural. »

La municipalité a pourtant tenu à honorer la mémoire des Oubliés de Saint-Paul. Le magazine communal, Sillage, a consacré, en juin, une double page à leur histoire. Et promet qu’elle sera citée dans les circuits du patrimoine lors des journées du patrimoine à l’automne prochain.

phila action St paul 18-11-2013 4Mais Dominique Virvoulet ne veut pas en rester là. Avec Bruno Boisguéhéneuc, investi lui aussi dans ce devoir de mémoire, elle a rencontré, il y a une quinzaine de jours, Pierre Couesnon, historien des Terres australes et antarctiques françaises (Taaf), dans le but d’émettre un timbre en mémoire des trois survivants. « La prochaine commission philatélique aura lieu en octobre, indique Bruno Boisguéhéneuc. Le projet du timbre sera proposé au préfet administrateur supérieur des terres australes. Si la commission est d’accord, le timbre pourrait sortir en janvier 2015. »

Si le projet est validé, Pierre Couesnon devra élaborer un dossier complet. « Notre espoir est que le lancement du timbre se passe à Concarneau puisque c’est d’ici que l’histoire est partie », reprend Dominique Virvoulet. La mairie indique quant à elle « que bien sûr, si le timbre devait sortir, la Ville s’associerait à l’événement. »

Dominique Virvoulet espère toutefois qu’une fois le timbre émis, la mairie ira plus loin avec l’installation d’une plaque commémorative « pour tous les Oubliés de Saint-Paul » sur la tombe de Julien Le Huludut. Le groupe de soutien travaille par ailleurs sur le projet d’une commémoration sur le site même de l’expédition, à Saint-Paul.

Dernière minute 10 septembre 2014 : un timbre sur les « Naufragés de Saint Paul » est bien prévu dans le programme philatélique des TAAF 2015. Mais il ne s’agit pas vraiment de naufragés …

Voir aussi Un timbre en hommage … – Ouest France et l’article du Télégramme

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La saga de la rentrée : les Oubliés de Saint Paul #3

PHILAPOSTEL Bretagne vous propose de vous conter en 4 épisodes cette tragique aventure qui, bien qu’ayant fortement marqué l’histoire des TAAF, reste souvent méconnue du grand public. C’est après avoir recueilli et regroupé divers documents et informations sur le sujet (voir les sources en fin d’article) que je suis en mesure de vous la présenter aujourd’hui.

Après avoir découvert l’Ile Saint Paul et l’épopée des frères Bossière, puis écouté le récit de la tragique histoire des « Oubliés », intéressons-nous aujourd’hui au Navire ravitailleur « Ile Saint Paul » qui joua également un rôle dans cette histoire.

Au retour de l’Austral en mai 1930, les sociétés des frères Bossière affichent des résultats très déficitaires ; la campagne phoquière de Pêches Australes à Kerguelen a été très médiocre, ainsi que celle de la « Langouste Française » à Saint Paul, même si pour cette dernière, l’avenir semble prometteur. Les actionnaires sollicités ne veulent plus financer et les deux frères sont contraints de s’en remettre à la Banque de l’Union Parisienne qui prend ainsi le contrôle des sociétés et impose des restructurations très discutables.

Timbre_Austral

Jusqu’ici, le navire usine Austral assurait l’acheminement des langoustiers à Saint Paul et leur retour en France avec la production lors de sa campagne phoquière annuelle à Kerguelen. Cela permettait des économies en dépit d’inconvénients certains dont celui de rendre les deux sociétés dépendantes l’une de l’autre. La banque décide d’affecter l’Austral uniquement à l’activité phoquière à Kerguelen et d’acheter pour la « Langouste Française » à Saint Paul son propre navire. Il est en outre décidé que l’activité de l’usine langoustière serait permanente et que le navire assurerait la relève des personnels, le ravitaillement et le transport de la production.

C’est ainsi qu’en juillet 1930 est acheté à une compagnie maritime d’Oran un cargo de 24 ans d’âge, le Michel Mazella qui faisait du transport de fret entre l’Algérie, le Maroc et les ports français. Ce navire de 3 500 tonnes, de 64 m de long et jaugeant 1 064 tonneaux est rebaptisé Ile Saint Paul, et son commandement confié au capitaine Philippe d’Armancourt.

Toutes ces restructurations ont retardé le départ des navires et ne seront pas sans conséquences sur la suite des évènements. L’ Ile Saint Paul quitte le Havre le 18 octobre 1930 avec des pêcheurs bretons et le directeur de l’usine Pierre Presse. Après des escales à Djibouti, Tamatave où il embarque des ouvriers et ouvrières malgaches, puis à la Réunion, il atteint Saint Paul le 6 décembre 1930. Tous découvrent alors le drame des gardiens de l’usine laissés sur place lors de la campagne précédente en mars 1930 ; sur les 7 gardiens, 4 sont décédés du scorbut. Il est néanmoins décidé de relancer l’activité de l’usine. Lîle Saint Paul après avoir débarqué personnels et matériels repart sur Diégo-Suarez où il doit embarquer un chargement de charbon pour ravitailler à Kerguelen l’aviso Antarès qui effectue une mission de souveraineté dans les îles Australes.

Timbre_IleSaintPaulLe navire fait de nouveau escale à Saint Paul du 17 au 20 janvier 1931 avec à son bord le directeur de la « Langouste Française » Alfred Caillé et le géologue Edgar Aubert de la Rüe accompagné de son épouse, et qui doit effectuer une mission scientifique à Kerguelen. Le 27 janvier 1931, I’lle Saint Paul retrouve à Kerguelen l’Austral et l’Antarès. Puis, à quelques jours d’intervalle, l’Antarès et l’Ile Saint Paul font route sur Madagascar via l’île Saint Paul les 10 et 20 février où ils constatent le bon état sanitaire des langoustiers et l’intense activité de l’usine.

Mais peu après leur passage, le béribéri se déclare parmi le personnel de l’usine provoquant la mort de plusieurs ouvriers malgaches. En raison de la gravité et de l’urgence de la situation, et du fait que la venue de l’Ile Saint Paul depuis Madagascar serait trop longue, ordre est donné à l’Austral d’interrompre sa campagne à Kerguelen et de se porter immédiatement au secours des langoustiers. L’Austral évacue rapidement le couple Aubert de la Rüe et les bergers de Port Couvreux et arrive à Saint Paul le 4 avril 1931. Même si le médecin de l’Austral peut sauver de nombreux malades, la situation est telle qu’il est décidé de fermer l’usine et de rapatrier tous les personnels sur Tamatave (Madagascar).

Timbre_SaintPaulAvec 48 morts dont les 4 gardiens décédés durant l’hiver, le scandale est énorme. Par ailleurs la société ne peut plus faire face à ses dettes et toute reprise d’activité est exclue ; elle est mise en liquidation le 29 juin 1932. C’en est fini du rêve des Bossière dans les îles Australes.

De retour en France, l’Austral est vendu ; quant à I’lle Saint Paul, après avoir effectué quelques transports de fret entre Madagascar, Maurice et la Réunion, il est désarmé au port de la Pointe des Galets à la Réunion le 29 août 1932. Il est vendu aux enchères publiques par le tribunal de St Denis le 20 mars 1935 pour la somme dérisoire de 5 200 fr. Après avoir été livré aux ferrailleurs, la carcasse du navire est coulée en rade de Saint Paul à la Réunion.

A suivre : les « Ouliés de Saint Paul », et maintenant ? Dès demain !

Voir aussi : les nouvelles maritimes d’Ouest Eclair

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La saga de la rentrée : les Oubliés de Saint Paul #2

PHILAPOSTEL Bretagne vous propose de vous conter en 4 épisodes cette tragique aventure qui, bien qu’ayant fortement marqué l’histoire des TAAF, reste souvent méconnue du grand public. C’est après avoir recueilli et regroupé divers documents et informations sur le sujet (voir les sources en fin d’article) que je suis en mesure de vous la présenter aujourd’hui.

« Les oubliés de Saint-Paul », c’est ainsi qu’ont été appelés les gardiens de la « Langouste Française », qui devaient veiller à l’entretien des installations pêchières durant l’hiver austral de 1930, sur l’île aux langoustes, un cratère volcanique redoutable, solitaire et sauvage, émergé entre la Réunion et l’Australie.

carte Saint Paul IGN 1Leur destin est symptomatique de la colonisation chaotique des îles australes par la France, depuis que Yves-Joseph de Kerguelen a crû y découvrir le continent d’El Dorado qu’espérait Louis XV.

Raconter le drame qui s’est noué dans cette île Saint-Paul permet à Daniel Floch, journaliste à Ouest-France, d’évoquer l’histoire de ces îles de la Désolation, les Kerguelen, mais aussi Crozet, Saint-Paul bien sûr, ainsi qu’Amsterdam.

Leur épopée humaine est brève, résumée à de multiples naufrages, aux espoirs, excès et erreurs de la pêche australe, puis désormais aux campements scientifiques, les seuls finalement qui savent s’y maintenir, avec le souci de composer avec une nature démesurément inhospitalière.

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Une nature démesurément inhospitalière

Le journaliste Floch le fait avec un soin documentaire peu lyrique et le moins d’extrapolations romanesques possibles. Le récit n’en est pas aride pour autant. S’il ne prétend pas accomplir un exploit littéraire, il rend compte de façon alerte et sensible des histoires qui serrent le cœur des gens de mer, ou de ceux, parfois les mêmes, qu’émeuvent les tragédies humaines, ou qu’indignent les injustices sociales.

A Saint-Paul, l’armateur havrais Bossière détient la concession de pêche des langoustes qui y pullulent. Étonnant entrepreneur, pionnier, aventurier, il croit dans le potentiel des terres australes, et malgré les nombreux épisodes tragiques qui ont précédé son entreprise, son projet d’y installer une activité industrielle de pêche prend forme en 1928. La langouste y est pêchée, décortiquée, et mise en boite.

Des dizaines de Bretons sont recrutés à force de promesses de confort sur place et de richesses au retour. Mais leurs rêves se dissipent dès la traversée, dans leur vieux navire où on les exploite déjà, et qui approche des eaux froides du sud, puis se fracassent sur la réalité d’une île hostile où tout est à construire, dans des conditions pénibles. Beaucoup reviennent amers de cette première campagne.

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L’usine langoustière

Pourtant à la saison suivante, il se trouve à nouveau des volontaires pour changer de vie, et espérer ramener de cette opération suffisamment d’argent et se sortir de la misère. Bossière a obtenu en plus cette fois le droit de recruter des Malgaches, encore moins coûteux, et des femmes.

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Habitation de pêcheur

La pêche est aussi miraculeuse qu’on le prédisait ; les conditions de vie sur l’île bien moins belles qu’il ne l’avait été promis en revanche. Or quand s’est approché l’hiver austral, la campagne de pêche a pris fin, l’essentiel des pêcheurs est remonté sur le bateau qui va les ramener au pays, mais, contrairement à l’année précédente, il est demandé des volontaires pour rester sur place et veiller sur les installations jusqu’à la saison suivante. Nous sommes en mars. Un bateau devra repasser en mai pour ravitailler les gardiens, et d’autres encore, avant la prochaine campagne.

Six Bretons et un Malgache se déclarent prêts pour cette mission : le couple Brunou, Louise et Victor, François Ramamonzi, Emmanuel Puloc’h, Julien Le Huludut, Pierre Quivillic et Louis Herlédan.

Il faut citer le nom de ces jeunes victimes (Louise en est la doyenne du haut de ses trente-deux ans). Ce ne sont pas des personnages de roman. Ces gens ont existé, souffert, et pour quatre d’entre eux, sont morts, du fait de l’inconséquence d’un armateur, de son adjoint, d’un recruteur-contremaître, des actionnaires et des banquiers de la « Langouste Française ». Le livre ne cherche pas le suspens : on sait que la promesse de ravitaillement ne sera pas tenue, que les sept langoustiers vont rester des mois sur Saint-Paul, oubliés de tous, et y désespérer, alors que les symptômes du scorbut leur annoncent une issue fatale.

Il y a d’abord eu cinq morts parmi les prisonniers de cette île sans végétation cultivable : François, Emmanuel et Victor, foudroyés par le scorbut ; Paule, le bébé de Louise et Victor, qui n’a survécu que deux mois ; et Pierre, perdu en mer sans que l’on sache si la houle l’a fait chavirer accidentellement ou, comme l’ont ensuite relaté des journaux de l’époque, s’il a mis lui-même un terme à une mort lente et qui lui paraissait – à tort finalement – inévitable.
Rappelons aussi que des bergers, Normands eux, sont morts au même moment aux Kerguelen, dans l’indifférence en regard du scandale que provoquera le supplice des « Oubliés de Saint-Paul ».

OubliesStPaul_livreSouvenons-nous enfin que le navire qui est revenu sur l’île pour la nouvelle saison a certes sauvé Louise, Julien et Louis, mais aussi apporté un contingent d’ouvriers malgaches dont plus de trente vont bientôt crever du béribéri.

En métropole, les suites judiciaires scelleront certes le sort des pêcheries Bossière, mais elles aboutiront à des procès indignes, statuant sur des indemnités dérisoires et inéquitables, qui ne seront en outre jamais versées aux Bretons survivants ; ne parlons pas des victimes malgaches … ou simplement de Pierre Quivillic, dont la mort ne pouvait être de la responsabilité de la « Langouste Française »…

Les victimes deviennent coupables de leur sort, aggravé par la méconnaissance des carences dont ils ont souffert, et qui auraient peut-être pu être évitées si…

Mais était-il responsable de laisser sans médecin une telle troupe sur l’île ? Comment a-t-on pu leur promettre de passer en mai pour mieux les convaincre d’accepter la mission, puis les livrer à eux-mêmes neuf mois durant, dans le vent dévastateur et glacial de l’hiver austral ?

C’était au tiers du XXe siècle. Et c’était aussi cela la France d’alors.

A suivre : le navire ravitailleur « Ile Saint Paul » dès jeudi prochain !
Voir aussi : le récit du Télégramme

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La saga de la rentrée : les Oubliés de Saint Paul #1

PHILAPOSTEL Bretagne vous propose de vous conter en 4 épisodes cette tragique aventure qui, bien qu’ayant fortement marqué l’histoire des TAAF, reste souvent méconnue du grand public. C’est après avoir recueilli et regroupé divers documents et informations sur le sujet (voir les sources en fin d’article) que je suis en mesure de vous la présenter aujourd’hui.

Mais plantons tout d’abord le décor …

L’île Saint-Paul est une île française située dans le sud de l’océan Indien. Elle forme avec l’île d’Amsterdam, 85 km plus au nord, le district des îles Saint-Paul et Nouvelle-Amsterdam, l’un des cinq districts des Terres australes et antarctiques françaises (les quatre autres sont les îles Crozet, les îles Kerguelen, la Terre Adélie et les îles Éparses).

L’île Saint-Paul n’a qu’une superficie de 8 km2 pour une longueur maximale de 5 km. Île rocheuse et désertique, c’est la partie émergée d’un ancien volcan, composée d’un grand cratère central qui s’est effondré et où la mer a pénétré par une passe peu profonde (2 à 3 m) délimitée par deux jetées naturelles de blocs rocheux.

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René Emile (5 février 1857 – 11 janvier 1941) et Henry Emile (25 juin 1859 – 11 juillet 1941) Bossière ont évolué dans l’univers havrais de l’armement et du négoce national. Les deux frères manquent de capitaux mais ont pour ambition de coloniser les îles australes françaises constituées de l’archipel des Kerguelen, des îles Saint Paul et Amsterdam.

La première demande de concession adressée au Ministère des Colonies date d’avril 1893.
L’état français trouve dans leurs projets une chance inavouée d’occuper ses terres qu’il revendique. C’est le 31 juillet 1893 qu’ils obtiennent la concession des Kerguelen pour une durée de cinquante ans. Profitant de ce premier succès, ils demandent l’autorisation d’exploiter les îles Saint Paul et Amsterdam.

Timbre_SaintPaulEn octobre 1894, les frères Bossière créent leur première société au Havre,  » Emile Bossière fils « , dont l’objet est l’exploitation des Iles Kerguelen. Ils n’arrivent toujours pas à obtenir d’aides financières du gouvernement. Malgré tout, ils se lancent dans l’achat de leur premier navire qui doit les conduire en Amérique du Sud où ils se procureront des moutons pour lancer leur projet d’élevage. Ils vivent leur premier échec : un contentieux étant né entre le capitaine du navire et les frères Bossière, le bateau est vendu en 1896 et la cargaison en 1898 au Brésil.

Malgré cette infortune, le Ministre des Colonies nomme par arrêté du 26 mars 1896 René Bossière Résident de France et permet donc la fabrication de cachets postaux.

phila action St paul 18-11-2013 3L’argent n’est toujours pas au rendez-vous et Henry, en novembre 1900, projette de créer une nouvelle société ouverte à d’autres actionnaires. L’objet de La Compagnie des Iles Kerguelen est « l’exploitation des Iles de Kerguelen, notamment la création de tous établissements d’élevage, de pêcherie, et, d’une manière générale, l’exploitation des produits et richesses naturelles du sol ».

Cette nouvelle démarche est suivie également de nombreux échecs.

L’état, en 1924, reproche aux frères Bossière leur négligence. Ainsi il leur est demandé de reprendre les choses en main et d’exploiter les richesses des trois îles avec une participation française plus prononcée.
Le 21 novembre 1924, les îles australes françaises ainsi que la Terre Adélie sont rattachées au Gouvernement de Madagascar, faisant perdre à Henry Bossière son titre de Résident de France.

Les frères Bossière créent en février 1925 la filiale Société Anonyme « les Pêches Australes », ainsi que « Les Pêcheries de Kerguelen » (dépeçage de baleine, éléphant de mer, phoque ainsi que l’élevage de moutons).

En août 1928 la filiale « La langouste française » (mise en conserve de langoustes) est créée, sous la pression de l’Etat et son intérêt de voir exploiter les réserves de langoustes des zones côtières des îles Saint Paul et Amsterdam.

Trois campagnes de chasse sont effectuées dans l’archipel ainsi qu’un essai de pêche à la langouste sur les côtes de l’Ile Saint Paul. La première campagne ne paye pas les investissements engagés dans la création de la conserverie de langouste sur l’île Saint Paul.

Mais l’usine et les essais réalisés par les trente Bretons séjournant lors de la première campagne sont encourageants. La deuxième campagne confirme la première expérience et donne ses premiers bénéfices à la filiale.

Île_Saint_PaulNous verrons que malheureusement cette deuxième campagne se terminera tragiquement et marquera la fin des expéditions des frères Bossière.

A suivre : la tragédie des « Oubliés de Saint Paul » dès demain !

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